écrans urbains #4
ville architecture paysage au cinéma

Les bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, 2012 Les bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, 2012 /
Les bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, 2012 Les bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, 2012 /
Frissons de David Cronenberg, 1975 Frissons de David Cronenberg, 1975 /
Frissons de David Cronenberg, 1975 Frissons de David Cronenberg, 1975 /
Citadel par John Smith, 2020 Citadel par John Smith, 2020 /
Les bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, 2012 Les bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, 2012 /

arc en rêve centre d’architecture, propose
le cycle de films écrans urbains ville architecture paysage.
Organisé en partenariat avec le cinéma Utopia
et la revue l’Architecture d’Aujourd’hui
pour explorer les liens entre architecture et cinéma.

 

mardi 25 janv. 2022, 20:00, cinéma Utopia

Les bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, 2013 (131’)
Séance présentée par Christophe Catsaros en présence du réalisateur Kleber Mendonça Filho.

Que reste-t’il des rapports humains racialisées dans les sociétés urbaines qui ont tourné le dos à l’économie rurale coloniale? À première vue, pas grand chose. Des souvenirs rapportés, des hantises, des blessures oubliées à peines discernables. La classe moyenne supérieure a cela de fabuleux de savoir refouler les paradoxes qui la sous-tendent. Elle a renoncé aux plus iniques de ces avantages, tout en veillant à conserver ces principaux privilèges, comme l’emprise sur la propriété immobilière, l’entre-soi ou encore un certain droit à l’oisiveté. Ce faisant, le bourgeois est devenu furtif. Il se marie par amour plutôt que par intérêt, déjeune avec sa femme de ménage, la laisse le tutoyer et tolère même ses enfants, sans jamais se demander si le fait même d’en avoir une ne constitue pas un atavisme de classe. Bruit de Recife est un tableau urbain de cette condition paradoxale de la classe moyenne brésilienne gentrifiée, devenue de fait antiraciste, parfois même progressiste mais toujours aussi peu disposée à se défaire de certains réflexes de classe. La rue de ce quartier aisé de Recife est typique de ces portions de ville en train de se replier sur elles-mêmes par la prolifération des tours condominiums fermées et ultra sécurisées. Elle reste ouverte le temps du film, mais plus pour longtemps. Le propriétaire, un sympathique grand-père à la barbe blanche qui possède la majeure partie de la rue, étudie l’offre du promoteur pour une nouvelle tour, et son petit-fils fait visiter un très bel appartement à louer. Plus qu’une intrigue, c’est l’ambiguïté des rapports entre maîtres et serviteurs que cherche à dépeindre Kleber Mendonça Filho. Aux postures démonstratives, il préfère les soupçons, les indices, le hors champs, les obsessions mal dissimulées, les glissements qui attestent d’un état dont on aimerait s’être débarrassé. Les sons de Recife sont certes le ressac de la mer qui n’est pas loin, mais de plus en plus l’aboiement qui prolonge l’insomnie, les rumeurs sur l’insécurité, les sons indistincts qui hantent ce quartier apaisé. Recife filmé par Kleber Mendonça Filho ressemble terriblement à certains quartiers de nos villes gentrifiées qui reconduisent inconsciemment les usages de la bourgeoisie sans en assumer forcément l’étiquette. La ville telle qu’il l’enregistre est, comme tout personne qui n’assume pas ou ignore son passé, dans l’attente de l’analyse, ou de l’incident qui va lui permettre de surmonter ses névroses.

 

mardi 05 oct. 2021, 20:15, cinéma Utopia

Citadel de John Smith, 2020 (16’)
documentaire projeté en partenariat avec le FIFAAC – Festival international du film d’architecture

La projection de Shivers sera précédée d’un court métrage proposé par le  Fifaac.
Véritable film de confinement, Citadel de John Smith associe des fragments de discours de Boris Johnson sur la réponse à apporter à la pandémie et des vues de la skyline de la City, depuis la fenêtre de l’artiste. En superposant la voix du pouvoir et l’image du principal quartier financier de Londres, Citadel fustige la décision du gouvernement britannique de placer les intérêts économiques avant la santé publique. La bande son révèle aussi le basculement de stratégie de Boris Johnson, dans la réponse apportée à la crise sanitaire. Citadel constitue finalement une variante plus sobre mais tout aussi virulente de l’articulation entre architecture et débordement épidémique, sur lequel repose  Shivers

 

Frissons de David Cronenberg, 1975 (85′)
La projection sera suivie d’un débat avec Christophe Catsaros, critique d’art et d’architecure et Jennifer Verraes, maître de conférences en études cinématographiques à l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis

Shivers (Frissons, 1975), premier long métrage de fiction de David Cronenberg, s’ouvre sur un diaporama. Tandis qu’à l’écran défile une série de clichés photographiques présentant sous toutes les coutures un immeuble d’habitation construit sur l’Île des sœurs à Montréal — sa façade de verre et de béton, sa structure oblongue et d’un seul tenant, ses douze étages érigés sur une vaste plateforme et les multiples services offerts à ses occupants —, une voix off en fait la publicité : « La vie quotidienne devient une croisière de luxe dans nos appartements de la Starliner Tower […] Traversez la vie dans le calme et le confort, naviguez Starliner. Studios, appartements une pièce ou deux pièces sont disponibles chez Starko, une division de la General Structure Inc. » Placé au seuil de l’intrigue, ce diaporama promotionnel augure à la façon d’un repérage du potentiel narratif d’un décor encore vide de personnages. Comment habiter ce lieu ? Ou plutôt, comment le hanter ? Est-il seulement possible de hanter un tel bâtiment, à savoir un édifice construit (en 1962) par Ludwig Mies van der Rohe ?

Telle est la question que pose Shivers : à quelles conditions le mythe de la maison hantée peut-il établir ses quartiers dans un immeuble de verre conçu pour faire obstacle à l’irrationnel ? La hantise étant affaire de famille, de doubles fonds et d’obscurs placards, Shivers tourne résolument le dos à la transparence, cherche les espaces sans lumière et sans fenêtre, tire les rideaux et occupe de préférence les salles de bains. Mais surtout le film bascule quand la hantise déménage sur le palier et investit ce qu’il reste d’arrière-mondes dans l’immeuble de verre : couloirs, cages d’escalier, ascenseurs, parking, laverie au sous-sol. Paradoxalement donc, la hantise abandonne la sphère privée et rallie les espaces collectifs. Et que fait-elle sous la lumière crue des néons ? Elle frissonne… autrement dit, elle jouit. C’est que l’immeuble de Mies van der Rohe est hanté par un étrange parasite qui, en décuplant la libido de ses habitants, expose très littéralement leur intimité au grand jour et aux regards du voisinage. Des organes sexuels en liberté mènent la danse dans les parties communes, libèrent toutes les manies sexuelles et conduisent tout droit à l’orgie finale dans la piscine olympique de la résidence. L’architecture est-elle sexuée ? La réponse de David Cronenberg est pour le moins inattendue. A-t-on jamais imaginé en effet que l’architecture de Mies van der Rohe était hantée par des passions érotomanes ?

texte de Jennifer Verraes

 

cycle écrans urbains ville architecture paysage
projections + débats
avec Christophe Catsaros, critique d’art et d’architecture

 

jeudi 23 juin 2022, 20:00
Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni, 1970 (105′)

mardi 29 mars 2022, 20:00
Week-end de Jean-luc Godard, 1967 (105′)

mardi 25 janv. 2022, 20:00
Les Bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho, 2012 (134′)

mardi 05 oct. 2021, 20:00
Citadel par John Smith, 2020 (16′)
documentaire projeté en partenariat avec le FIFAAC – Festival international du fil d’architecture
Frissons de David Cronenberg, 1975 (85′)

 

au cinéma Utopia, 5 place Camille Julian, Bordeaux
droit d’entrée : 7 €

 

voir la programmation précédente :

écrans urbains #1

écrans urbains #2

écrans urbains #3